Mon argent est-il réellement en sécurité sur un compte séquestre (escrow) lors d’un achat sur plan à Dubaï ?
La question taraude légitimement tout investisseur international qui s'apprête à signer un chèque pour un appartement qui n'existe pas encore : "Où va vraiment mon argent ?". Dans de nombreux pays, la réponse à cette question peut être floue, voire inquiétante. Le promoteur utilise-t-il mes fonds pour financer ses autres projets ? Puis-je perdre tout mon investissement s'il fait faillite ? À Dubaï, ces angoisses ont été prises très au sérieux par les autorités, qui ont bâti un système légal dont la pierre angulaire est le compte séquestre. Loin d'être une simple formalité bancaire, ce mécanisme, rigoureusement encadré par la Dubai Law No. 8 of 2007, transforme l'achat sur plan en une transaction dont la sécurité financière est l'obsession.
Le socle légal : Dubai Law No. 8 of 2007, une révolution pour l'off-plan
Pour comprendre la puissance du système, il faut remonter à son origine légale. La Dubai Law No. 8 of 2007 a constitué un tournant historique. Avant cette loi, les dérives étaient possibles et le marché manquait de maturité. Le législateur a décidé d'éradiquer le risque systémique en imposant un cadre inflexible.
Cette loi a instauré l'obligation absolue pour tout promoteur lançant un projet sur plan d'ouvrir un compte séquestre dédié, spécifique et unique pour ce projet. Ce compte doit être approuvé par le Dubai Land Department (DLD) et ouvert auprès d'une banque agréée par les autorités. Aucune vente, aucun paiement, aucun contrat n'est légal sans l'existence préalable de ce compte dûment enregistré. Ce n'est pas une option, ni une recommandation. C'est la loi.
Où va votre argent ? Pas dans la poche du promoteur !
La confusion la plus courante chez les investisseurs novices est de croire que leur argent rejoint les caisses du promoteur pour être utilisé à sa guise. À Dubaï, c'est strictement interdit. Le mécanisme est conçu pour créer une barrière étanche entre les fonds des acheteurs et les finances opérationnelles du développeur.
Concrètement, lorsque vous effectuez un versement, que ce soit le premier chèque de réservation ou une échéance intermédiaire, cet argent est dirigé obligatoirement et exclusivement vers le compte séquestre du projet. Vous ne devez jamais effectuer un virement sur un compte courant d'une société.
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Le déblocage contrôlé : pas un dirham sans avancement des travaux
Avoir un compte séquestre est une chose. S'assurer que l'argent n'en sorte pas abusivement en est une autre. Le génie du système réside dans les conditions draconiennes de déblocage des fonds.
Le promoteur ne peut pas se servir à volonté. Chaque demande de retrait doit être accompagnée d'un rapport d'avancement des travaux, certifié par un ingénieur ou un cabinet de contrôle technique indépendant, lui-même agréé par la RERA. Ce rapport atteste, par exemple, que 20% des fondations sont coulées, que la structure d'un étage est achevée, ou que les finitions sont en cours.
Sur cette base, la banque et la RERA autorisent le déblocage d'un montant strictement proportionnel à l'avancement réel. Si le rapport certifie 15% d'avancement, le promoteur ne pourra recevoir que 15% du budget total alloué à ce poste, et pas un dirham de plus.
La forteresse juridique : les fonds sont insaisissables
Une autre protection, moins connue mais tout aussi cruciale, est l'insaisissabilité des fonds du compte séquestre. Imaginez que le promoteur rencontre des difficultés financières sur un autre projet et que ses créanciers se retournent contre lui. Ces derniers pourraient-ils saisir l'argent présent sur le compte séquestre de votre projet ? La réponse est non.
La loi est très claire : les fonds déposés sur un compte séquestre dédié à un projet immobilier spécifique ne font pas partie du patrimoine du promoteur. Ils sont la propriété des acheteurs, en attente de servir à la construction de leurs biens.
Que se passe-t-il en cas d'annulation du projet ? La procédure claire
Le scénario catastrophe pour tout investisseur off-plan est l'annulation du projet. À Dubaï, ce scénario est encadré par une procédure précise qui évite le chaos. Si la RERA constate qu'un projet ne peut aboutir (par exemple, en cas de faillite du promoteur ou d'abandon), elle peut prononcer son annulation officielle.
Dans ce cas, le compte séquestre devient le point central de la procédure de remboursement. Les fonds qui y sont encore détenus sont gelés, puis une distribution ordonnée est organisée par les autorités pour rembourser intégralement les investisseurs. Un tribunal spécialisé supervise ces opérations pour garantir que chaque acheteur récupère les sommes versées.
La rétention de garantie : 5% bloqués pendant un an
La protection ne s'arrête pas à la livraison. Le système prévoit un mécanisme de garantie post-livraison pour couvrir d'éventuels défauts de construction. Une fois le bâtiment terminé et les appartements remis aux propriétaires, une somme équivalant à 5% du coût total du projet reste bloquée sur le compte séquestre ou sur un compte de garantie dédié pendant une durée d'un an.
Cette rétention sert à financer les éventuels travaux de correction ou de réparation des défauts qui pourraient apparaître après l'emménagement des premiers résidents. Si des problèmes sont constatés, les propriétaires peuvent, via leur association, demander que ces 5% soient utilisés pour y remédier, sans avoir à attaquer directement le promoteur en justice.

Vérifiez par vous-même : Dubai REST, l'outil de transparence
Toutes ces protections seraient théoriques sans un moyen de les vérifier. C'est là qu'intervient la plateforme Dubai REST. Cet outil gouvernemental en ligne est une fenêtre ouverte sur l'ensemble du système.
Avant d'investir, et même avant de verser le moindre dirham, connectez-vous sur Dubai REST (ou l'ancienne application Mashrooi). Vous pourrez y vérifier :
- Que le promoteur est bien agréé par la RERA
- Que le projet est autorisé et dispose d'un compte séquestre.
- Les références exactes de ce compte séquestre.
- L'historique des ventes et des enregistrements Oqood.
- L'état d'avancement réel du projet (pour les phases ultérieures).
Votre argent est-il réellement en sécurité sur un compte séquestre à Dubaï ?
La réponse est un oui massif, mais conditionné à la vérification. Le système conçu par le législateur émirati est un modèle de robustesse : compte dédié, fonds insaisissables, déblocage lié à l'avancement réel, remboursement garanti en cas d'annulation, rétention de garantie post-livraison. Chaque maillon a été pensé pour éliminer les risques de détournement et de perte financière.

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